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calligraphie

sortie pédagogique : mode d’emploi (ou pas…)

Je dois vous faire un aveu : je suis une prof de français géniale. Dynamique, compétente, adulée par collègues et élèves, et modeste, ce qui ne gâche rien. Du coup, j’organise souvent quelques formidables activités avec mes élèves, et notamment cette année l’écriture de nouvelles policières au Moyen-Age avec mes deux classes de 5è. Trois semaines de travail potable acharné, des élèves qui ont trouvé ça pas trop mal sur-motivés, voire exaltés, et le point d’orgue du projet : une sortie pédagogique sur la journée pour visiter une imprimerie et calligraphier et enluminer nos mirifiques récits, comme au Moyen-Age.

Les sortie pédagogiques, quel bonheur ! Développer de multiples compétences chez nos élèves, travailler en collaboration avec les collègues, apprécier de découvrir nos chers bambins sous un tout autre jour. Voilà donc comment s’est déroulée notre journée.

  • 8h, arriver au collège la tête dans le cul après avoir quasiment passé une nuit blanche pour finir de peaufiner le projet fraîche et dispo, comme d’habitude.
  • Faire l’appel et constater avec soulagement que C. et L. sont absents. Mais avec un peu d’amertume que Q. et A. n’ont pas chopé une gastro foudroyante cette nuit.
  • Brieffer mes 50 boulets : c’est une sortie PE-DA-GO-GI-QUE. On ne va pas à Disneyland, on ne courre pas partout en hurlant comme des demeurés, on ne colle pas la honte aux gentils accompagnateurs. Bref, on est des gens civilisés.
  • Compter ses ouailles pendant que le charmant collègue d’histoire géo t’empêche de le faire en te racontant son très palpitant mercredi après-midi. Et pendant que 50 gogols s’engouffrent dans le bus en braillant.
  • Partir avec 10 minutes de retard pour 1h30 de bus.
  • 5 minutes après le départ, J. me demande si j’ai un pochon pour vomir, parce qu’il ne se sent pas très bien. J. qui s’est installé pile-poil derrière moi dans le bus. Et qui a à peu près la tête que j’ai après une demi-douzaine de mojitos. Le trajet promet d’être délicieux.
  • Passer 1h30 à circuler dans le bus parce qu’il y en a toujours un qui a un pet de travers, toutes les 5 minutes. Avoir très légèrement envie de dégueuler moi aussi.
  • Arriver enfin à destination, déjà épuisée. Enfin moi, parce que eux ils sont plutôt branchés sur 100 000 volts.
  • L’atelier de calligraphie et enluminure commence, plumes à l’ancienne et encre, autant dire qu’ils font moins les malins.
  • « Madame, comment on fait quand on a oublié un mot ? Et comment on fait quand on a oublié des lettres dans un mot ? » Et bien on ne fait rien du tout, car il se trouve que le saint homme qui a inventé le blanco n’était pas encore né au Moyen-Age. Donc tu viens simplement de saloper le joli livre de toute ta classe.
  • J’apprends, émerveillée, que Q. trouve notre intervenant trop bonne. Même si j’ai un léger doute sur le fait qu’il parle bien de ses compétences d’animatrice.
  • Je ne peux que constater, un peu dépitée, qu’ils sont aussi nazes en arts plastiques qu’en français. Il y a :

les gorets

calligraphie

les incompris (hum, très joli ! Et qu’est-ce que c’est ?)

enluminure

les dépressifs

enluminure

les niveau grande section de maternelle

enluminure

les inspirés

enluminure

les « c’était bien tenté… mais c’est moche »

enluminure

  • Puis viennent les « quand est-ce qu’on mange ? » insistants, à partir de 11h environ.
  • Arrive enfin l’heure bénie du pique-nique. Où on se délecte d’une succulente salade de riz et thon, d’un morceau de pain de l’avant-veille, d’un exquis babybel et d’un cake à peine bourratif. Heureusement que les élèves sont là pour me gaver de chips et de pringles.
  • S. m’offre un bonbon. T. aussi. Et encore 20 autres derrière. Et c’est terrible mais je n’ai pas d’autre choix que d’accepter, question d’équité. Et c’est primordial quand on est enseignant d’être équitable. Parce que tu comprends, si je prends le bonbon de S. et que je refuse celui de T., T. risque de le prendre pour lui. Et il est absolument hors de question que je sois accusée de faire du favoritisme. C’est donc bien ma conscience professionnelle qui me pousse à bouloter tous les bonbecs que m’offrent les élèves à la queue leu leu.
  • Je décline malgré tout poliment la gorgée d’ice tea au goulot, faut pas déconner non plus.
  • 3 kilos de bonbons plus tard, se faire embarquer dans une partie de rugby. Et passer pour une star, vu que les élèves n’osent pas me rentrer dedans comme les gros bourrins qu’ils sont.
  • Etre interrompue par T., qui vient de la part d’H., qui est cloîtré dans les toilettes parce qu’il a mal au ventre. Des spasmes, dit-il. Vu l’ambiance dans les chiottes, je dirais plutôt qu’il a la chiasse.
  • Je lui refile discrètement un spasfon en lui interdisant de le dire à qui que ce soit.
  • E. roule une galoche à N. à côté des toilettes. So romantique.
  • J’interdis à L. de charger son portable dans le musée. Et je soupçonne que ce qu’elle dit en douce à sa copine V., c’est que je suis vraiment géniale et qu’elle m’adore.
  • E. (la même) roule une galoche à C. N. a comme une envie de casser la gueule à C. A choisir, j’aurais préféré qu’il ait envie de casser la gueule à E.
  • Alléluia, il est l’heure de se remettre au travail. Atelier calligraphie et enluminure, round 2. Cf plus haut : les mêmes en couleur, aussi sales, aussi peu appliqués, aussi peu créatifs, bref, aussi boulets.
  • L’heure de rentrer approche. Les compter, encore : aucune perte à déplorer, dommage.
  • Faire arrêter le bus après deux minutes, parce que J. a oublié son manteau. Qui n’avait pas l’air de lui manquer plus que ça quand elle paradait dans une tenue peu adaptée à une sortie pédagogique tout à l’heure.
  • Après une vile manipulation de la collègue documentaliste, réussir à changer de place dans le bus et à se retrouver hors d’atteinte du potentiel jet de vomi de J.
  • Mais comment ça se fait qu’ils ne dorment pas ces gosses ? Et qu’ils préfèrent beugler du Maître Gims à tue-tête ?
  • Enfin, le moment tant attendu où tu aperçois les grilles rutilantes du collège. Avec adossés dessus une poignée de 3è qui fument et sont très probablement en train de t’insulter.

Je vous le disais, rien ne vaut les sorties pédagogiques. Nounou, assistante sociale, docteur, animatrice, dame pipi, coach sportif… C’était quand même une super journée mais… Rappelez-moi… C’est quoi déjà mon métier ?

 

PS : dans l’incroyable probabilité où l’un de mes élèves tomberait sur cet article. Quand même, soyons honnêtes : je vous surkiffe les loulous (presque tous) et je suis fière de vous (presque tout le temps) !

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4 Comments

  • Reply Zazimutine

    Quel fou-rire, merci!!!

    17 mai 2016 at 11 h 47 min
    • Reply Marie DiaboloCitron

      Mais avec plaisir 😉

      17 mai 2016 at 14 h 27 min
  • Reply Les cahiers de Lucie-Rose

    Hihihi ! Je vais rêver de vomi et de boutons d’acné mais c’est pas grave, j’aurai rigolé au moins. Dis, tu ne voudrais pas faire mon petit questionnaire (http://mamanraconte.fr/2016/05/4-ans-prend-parole-chroniques-de-lutin-1/) avec Nana ?

    18 mai 2016 at 23 h 35 min
    • Reply Marie DiaboloCitron

      C’est prévu justement ! Et ça devrait normalement sortir demain, le principe m’a beaucoup fait rire !!

      19 mai 2016 at 10 h 44 min

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