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nouvelle rentrée, nouveau départ !

Et voilà, finies les vacances ! Comme d’habitude, j’avais une tonne de jolis projets, comme d’habitude, je n’ai eu le temps de rien faire. Pourquoi quand on est prof et qu’on dit à ses amis que décidément, deux mois de vacances ça passe vraiment à toute vitesse, ils ont l’air de vouloir nous sauter à la gorge ? Pourtant c’est vrai que ça passe vite, promis.

Il y a 15 jours, donc, j’ai refait mon sac, je me suis achetée une nouvelle trousse (L’Homme dit que c’est débile vu que j’en ai déjà 8 mais il n’y comprend rien), 3 nouveaux cahiers et calepins (L’Homme dit que c’est débile vu que j’en ai déjà 36 mais il n’y comprend rien), et j’ai repris le chemin du collège.

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Mais cette rentrée, pour moi, elle a une saveur toute particulière. Cette année, j’ai revécu le stress de mes rentrées d’élève, les mains moites et la boule au ventre quand on passe la porte, la première heure de cours attendue avec angoisse et impatience…

Depuis maintenant 7 ans maintenant, j’étais professeur documentaliste. Plus connue aussi sous le nom de Dame du CDI. Parfois appelée la vieille du CDI, ou la connasse du CDI. Car sache que même à trente ans, la documentaliste est vieille, aigrie, et désagréable. Si tu demandes aux élèves en tous cas, c’est ce que tous te diront.

Etre professeur documentaliste, c’est chouette. C’est un métier riche, intéressant, passionnant. Et puis c’est un prof, mais pas tout à fait comme les autres… Et bien justement, peut-être pas assez comme les autres. Car je me suis vite retrouvée, à bientôt 30 ans, dans un boulot qui ne me plaisait plus. Je voulais enseigner, me voilà à assurer 5 ou 6 heures de cours les bonnes semaines à des élèves tout à fait passionnés par le classement des périodiques et les fonctions de recherche avancée dans google, comme tu peux aisément l’imaginer. Je voulais transmettre mon goût pour la littérature, me voilà en train d’inscrire un 7ème nom sur la liste de réservation de la BD Les Blondes. Pour les élèves, je suis la pénible qui leur interdit d’aller sur facebook et sur les sites où on voit plein de gros nichons, qui les saoule mais grave avec son club lecture, et qui passe le plus clair de son temps à jouer à free cell sur son ordi (car travailler derrière l’ordinateur = forcément feignasser devant des jeux de cartes moisis). Pour les collègues, même s’ils le disent pas trop fort, je suis quand même celle qui a un boulot peinard, et qui peut bien leur prendre à la dernière minute le demi-groupe de 5B qu’ils ne peuvent plus encadrer qui piaffe d’impatience à l’idée de faire des recherches documentaires. Certains me demandent d’un air un peu attristé comment je suis arrivée là, et combien de fois j’ai loupé le CAPES de français. Certains me demandent même quel CAP il faut passer pour ranger les livres comme moi. J’ai envie de leur répondre que je suis prof, comme eux, parce que j’ai un CAPES, comme eux, que j’ai choisi cette voix simplement parce qu’elle me plaisait ducon. Sauf que quand on a répété ça 80 fois par an pendant 7 ans, on commence à un avoir un tout petit peu marre.

Du coup, l’année dernière, j’ai pris une grande décision. La décision d’enfin faire ce que je veux : enseigner, juste enseigner. Parce que faire un boulot qui nous plaît pas à 30 ans, c’est quand même un peu triste et pas très réjouissant pour la suite. Et j’ai fait des démarches, passé des coups de fil, me suis perdue 20 fois dans les méandres des couloirs du rectorat, et j’ai finalement obtenu ma reconversion.

Cette rentrée, pour la première fois, je suis prof de français. Et je suis infiniment heureuse. Depuis 15 jours, je croule sous le boulot et toutes mes soirées y passent (merci M6 et Canal d’avoir fait terminer Banshee et Scandal au moment de la rentrée), je passe des heures sur mes premiers paquets de copies, je m’arrache les cheveux quand Stiveune m’explique ce qu’est pour lui la poésie (« j’aime pa ca parsqu c nul moi je prèfèr regardais la télé »), je mets les premiers mots dans les carnets et les premières punitions. Mais pour la première fois depuis longtemps, je suis heureuse d’aller au travail, les heures semblent être des minutes, je regarde leurs petites têtes m’écouter avec attention en me disant, mais que c’est bon ! Je leur parle de Maupassant, de Flaubert et de Musset, et je me dis que si j’arrive à leur faire aimer tout ça ne serait-ce qu’un tout petit peu, alors j’aurai tout gagné. J’essaie de garder une contenance quand Clara vient me demander si je veux bien qu’elle m’amène un petit poème qu’elle a écrit pour moi, parce qu’elle a bien aimé le poème de Rimbaud que je leur ai lu l’autre jour. Bref, tellement de petits moments de bonheur à leur transmettre toutes ces choses, à apprendre à les connaître, à écouter leurs bêtises.

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15 jours seulement, 15 jours déjà. Et je n’espère qu’une seule chose, pourvu que ça dure. Se faire confiance, suivre ses envies et faire le grand saut, ça a du bon on dirait.

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4 Comments

  • Reply Mieux vaut tard que jamais, mes bonnes résolutions 2015 | Diabolo Citron

    […] Publier davantage sur mon blog. Que j’ai eu tendance à un peu délaisser depuis mon changement de cap professionnel. […]

    18 janvier 2015 at 21 h 48 min
  • Reply Charline

    waw, sacré changement ! c’est vrai que finalement, il plane un mystère et de l’inconnu autour de cette « dame du CDI », c’est bien dommage d’ailleurs mais au final je pense que tout le monde en est responsable, à commencer par l’administration des établissements qui ne met pas en avant son « titre », ses compétences etc !

    en tout cas si ton changement te plaît, si tu adores enseigner le français, que tu dois travailler trois fois plus mais que tu t’y retrouves en terme de plaisir et de satisfaction personnelle et professionnelle, c’est que tu as fait le bon choix ! 🙂

    et je te félicite parce qu’autant j’aurai pu être professeur des écoles, autant je n’aurai vraiment pas eu la foi pour enseigner à des collégiens ^^ (bon moi je les vois les un après les autres, dans mon travail, donc ça va, ça se gère plus facilement qu’une classe de 25 ou 30!)

    27 janvier 2015 at 13 h 46 min
    • Reply Marie DiaboloCitron

      Ah, cette Dame du CDI ! Quel mystère en effet ! Et puis passer sa vie à ranger des livres, faire chuuuuut ! aux pauvres élèves et jouer au solitaire planquée derrière son ordi, tu parles d’un boulot 😉
      Je pense de plus en plus avoir fait le bon choix en effet ! Et moi, ce sont les petits primaires que je ne pourrais pas supporter, il en faut pour tous les goûts !
      Quel est ton métier, sans indiscrétion ?

      27 janvier 2015 at 21 h 24 min
  • Reply helm

    Félicitations pour cette reconversion pour une fois dans l’autre sens. Dame du CDI également, parfois j’hésite à franchir le pas car la double casquette « prof » et « doc » est parfois un peu lourde à porter. La justification permanente de sa position de pédagogue.
    Bravo encore et merci de nous faire partager tes récits de professeur… Cela donne envie.

    6 décembre 2016 at 11 h 48 min
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