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Ma fille, mon amour, ma honte

Ma fille, ce petit être si formidable et que j’aime tant. Et pourtant… Pourtant, depuis que je suis maman, de toute évidence je n’ai jamais eu tant honte. Alors que franchement, la honte, ça me connaît, je m’en suis même fait une spécialité. A l’école, quand ma mère m’habillait avec des vêtements tellement laids et peu coordonnées que c’est à se demander si elle ne le faisait pas exprès. Et immanquablement, elle choisissait les plus vilains le jour de la photo de classe. Sans doute parce que ça s’accordait si bien avec mon énorme frange. Puis quand ma mère, encore elle, a laissé échapper deux ou trois « à ce soir ma crotte » en me déposant devant le collège. Quand un jour, en 4ème, mon jogging avec des pressions jusqu’en haut s’est déboutonné d’un seul coup (mais qui a l’esprit assez tordu pour avoir inventé un pantalon pareil?) Je vais m’arrêter là, la liste serait trop longue, toujours est-il que tout cela, à côté des hontes que me colle Nana depuis deux ans et demi, c’est de la gnognotte, du pipi de belette.

Alors il y en a bien quelques unes de mémorables alors qu’elle n’était encore qu’un bébé, très souvent liées au caca, au vomi et autres substances délicieuses quand on y regarde bien. Je me souviens notamment d’un voyage en avion, d’un caca mémorable, et de voisins de siège positivement ravis d’avoir le privilège d’être assis à nos côtés. Le caca moisi, ça craint, mais ça n’est rien à côté du caca moisi en avion.

Mais très clairement, c’est bien depuis que Nana parle que nous avons vraiment appris à connaître ce qu’est la honte. Le langage lui offre une multitude de possibilités et elle ne se lasse pas de les exploiter pour nous faire passer pour des buses. Petit florilège des plus belles hontes.

1- Pipi, caca et compagnie

De toute évidence, le caca, et tout ce qui s’en rapproche, est non seulement le sujet de conversation favori d’un grumeau de 2 ans et demi, mais aussi son sujet de prédilection pour te foutre la honte.

Nous recevons à la maison nos amis Annabella et Jean-Etienne. La soirée commence autour d’un sympathique petit apéritif, Champagne, petits toasts, olives et Pringles par poignées pour Nana. On discute, on rigole, quand Jean-Etienne se lève et s’éclipse.

Nana : Tu vas où toi ?

Jean-Etienne, un poil gêné, lui qui voulait la jouer discret : Je reviens dans deux minutes.

Nana, qui n’est pas une truffe et se rend bien compte qu’on n’a pas répondu à sa question : Oui, mais tu vas où ?

Jean-Etienne : Je vais aux toilettes.

Nana, tout à coup très intéressée : tu vas faire caca ? Viens je te montre.

Nana prend donc Jean-Etienne par la main pour l’accompagner aux toilettes, lui montre où est le papier et comment on tire la chasse une fois qu’on a fini de faire caca. Et ne le laisse tranquille que parce qu’on lui demande de revenir au salon.

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Tu veux que je t’aide à t’essuyer Jean-Etienne ?

Quelques minutes plus tard, Nana semble inquiète. Elle guette la porte des toilettes en entamant les olives (vu que les Pringles sont finis), et toujours pas de Jean-Etienne. Afin de s’assurer que tout se passe bien pour lui, elle va donc jusqu’aux toilettes, essaie d’ouvrir la porte, mais comme elle est fermée à clé, elle se met à tambouriner dessus en criant bien fort (au cas où Jean-Etienne ne l’aurait pas repérée) : « Ca y est t’as fini de faire caca ? »

Jean-Etienne sort des toilettes, un peu rouge, et revient s’asseoir avec nous. Juste à temps pour voir Nana rentrer dans les toilettes et crier très fort « Beurk, ça pue là-dedans »

Classe. Tout le monde est très à l’aise, et la soirée promet d’être exquise. Annabella, qui avait elle aussi envie d’aller au petit coin, va plutôt attendre que Nana soit couchée du coup. Et moi je vais attendre parce que Nana a raison, ça pue là-dedans quand même.

Très agréable également, j’accompagne Nana aux toilettes (restaurant, supermarché, magasin…), et en profite pour faire moi aussi un petit pipi. Et c’est très rare que Nana ne s’exclame pas, très fort sinon ça ne serait pas drôle, « t’as envie de faire caca toi aussi ? », ou un élégant « Plouf ! Ça c’était un très gros caca maman, bravo ! », généralement suivi d’un tout aussi chic « Bah, ça pue ! ». Et encore, je peux m’estimer heureuse qu’elle n’ait pas tiré la chasse alors que j’étais encore assise. La sortie des toilettes est forcément excessivement classe et glamour. Et tête baissée pour éviter les sourires en coin des 8 personnes en train de faire la queue.

Et puis il y a bien sûr les « J’ai envie de faire caca » hurlés au milieu d’un magasin ou de n’importe quel endroit bondé, toujours frais et distingués.

2- Prout !

Charmant cousin du caca, le pet passionne lui aussi le grumeau. Particulièrement s’il pue et s’il fait du bruit.

Dans un ascenseur, à la bibliothèque, dans le salon d’amis, ou tout autre endroit relativement calme.

Nana, bien fort (mais sait-elle parler autrement?) : « Maman, c’est encore toi qui a pété ? Ça pue, dis pardon ! » S’offrent alors deux possibilités, rigoler doucement en faisant tourner cela à la plaisanterie, ou alors feindre de ne rien avoir entendu, mais en s’exposant évidemment au risque d’entendre le grumeau réitérer la question, beaucoup plus fort cette fois.

Et encore, ce n’est rien comparé à la honte qu’elle peut t’infliger en accusant de la même chose la gentille petite mamie à côté de vous.

Et bien sûr, il y a ses prouts à lui, le grumeau, qui le font toujours rire très bruyamment et proportionnellement à l’odeur et au son produits.

Je le savais que toute petite, on n’aurait jamais du rigoler bêtement en l’entendant faire des petits prouts tout mignons…

PS : est-ce utile de le préciser, Nana est une grosse mytho, et je ne pète JAMAIS. Ou alors des bulles de savon rose ou des confettis multicolores.

3- Il faut toujours dire la vérité le grumeau… Ou pas.

La franchise. S’il y a bien une qualité qu’on ne peut pas enlever au grumeau, c’est celle-là. Le grumeau dit ce qu’il pense, honnêtement et spontanément, et quelques soient les circonstances et les personnes à qui il s’adresse. Et c’est bien ça le problème. Combien de fois se retrouve-t-on à esquisser un sourire gêné, avec juste l’envie de lui coller son doudou dans la bouche pour le faire taire ? Même s’il fait bien l’avouer, il n’a pas toujours tord…

« Toi t’as un gros bidon. Y’a un bébé là-dedans ? » à n’importe quelle dame au supermarché.

« Pourquoi t’as les dents pourries ? » au monsieur qui lui fait gentiment des risettes.

« Ahhh, ça pue dans ta bouche ! » à un ami voulant lui faire un bisou.

« T’as des gros nénés » inévitablement accompagnés d’une main qui fait pouet si la personne est à hauteur.

« Toi t’as des nénés, comme Maman » à un ami bien en chair.

« Pourquoi t’es tout noir ? tu me fais un peu peur… » à n’importe quel noir qu’on croisera n’importe où.

Bref, autant de situations tellement agréables… Alors le grumeau, que ce soit bien clair, il faut dire la vérité, mais pas tout le temps non plus.

4- Papa et Maman, ces deux grosses poches

A la maison, on boit de l’eau, du soda, du jus de fruit, du vin… Mais la seule chose que Nana a retenu, c’est qu’on boit de la bière. Et cela donne lieu à des situations tout à fait agréables.

Nana a un an, peut-être un peu plus. Elle parle encore très peu, et surtout très mal. Au parc, je suis assise sur un banc à côté de deux autres mamans. Nos enfants jouent tranquillement, quand Nana m’amène une poignée de cailloux et me la colle dans les mains.

– Merci ma chérie, qu’est ce que c’est ?

– La bière, pour toi.

Et alors qu’elle n’est pas foutue de prononcer correctement la plupart des mots, il n’y a aucun doute possible sur le « bière ».

Un peu plus tard, Nana, tout juste deux ans, alors qu’on vient d’arriver au camping pour le week end et qu’on n’a pas encore sorti les affaires de la voiture, se dirige vers le bar et demande un « ti coup ». Coucou, c’est nous les bouratchos, on est là !

Il y a quelques jours, assise dans le caddie au supermarché, en attendant à la caisse, Nana me demande la liste des courses et commence à lire d’un air très sérieux et concentré. « Alors, il faut de la bière, des chips, des poires… Et de la bière. »

Merci Mademoiselle, je prendrai la même chose

Merci Mademoiselle, je prendrai la même chose

Et puis toutes ces fois où elle nous demande de lui montrer notre verre en demandant si c’est de la bière ou du vin, toutes ces fois où elle répond à notre place quand des amis nous demandent ce qu’on veut boire. Toutes ces fois où c’est tellement chouette de passer pour des alcoolos.

5- Mais je vous jure qu’on fait pas ça à la maison, hein.

Nana a deux ans. Je vais la récupérer à la crèche, elle est en train de jouer à la poupée et je la regarde faire en discutant avec les nounous. Ma délicieuse petite chérie est en train de donner sa soupe à une poupée assise dans une chaise haute. La soupe étant un mélange de grosses perles et de pièces de puzzle. Tout à coup, le bol de soupe tombe et tout se renverse par terre. Parce que Nana l’a échappé, hein. Et bien Nana, apparemment très en colère, sort brutalement le pauvre bébé innocent de sa chaise haute, l’accuse d’avoir fait tomber son bol en hurlant comme un putois, le secoue dans tous les sens, le pourrit copieusement et lui met quelques grosses tartes bien senties dans sa tronche. Tiens, prends ça Bébé. Colérique et de mauvaise foi, tout pour plaire, vraiment.

Vas ensuite expliquer aux nounous que non, tu ne lèves jamais la main sur elle à la maison. Non, l’Homme non plus. Et qu’on ne se met jamais dans des états pareils pour un bol de soupe. Il faudrait au moins qu’elle renverse notre chopine de bière pour qu’on lui en colle une, cf plus haut…

6- L’Homme et moi, ces parents indignes

Un peu dans le même genre, il faut savoir que l’Homme et moi, on n’est rien que des parents indignes, et qu’à la première occasion, on adore foutre des grosses torgnoles à Nana. Pour rien du tout de préférence, c’est bien plus marrant. En tout cas, c’est ce que doivent penser certaines personnes. Étant donné que lorsque n’importe qui demande à une Nana farcie de bleus (car Nana est une vraie princesse délicate et douce, qui adore dessiner en chantonnant, lire de jolis contes à ses doudous et faire des colliers de perles escalader tout ce qui est très haut, courir vite et faire de la draisienne en descente) : « eh ben Nana, comment tu as fait ce méchant bobo ? », elle répond invariablement, en faisant une petite mine triste et en plissant les lèvres : « c’est Papa / Maman », indifféremment, on est aussi pourris l’un que l’autre, « il / elle m’a tapé très fort, poussé par terre / jetée du canapé ».

7- La piscine, moment privilégié de partage avec le grumeau… et pas que

La piscine… Quel moment merveilleux de détente, de relaxation. Enfin ça, c’était avant que je doive traîner avec moi un petit machin équipé d’une couche jetable à 800 dollars et de deux brassards ridicules l’obligeant à marcher les bras bien écartés. Et bien sûr, pour le grumeau entre deux et trois ans, la piscine est un endroit privilégié pour le foutre la honte.

Nous sommes toutes les deux dans la cabine en train de se changer. Nana est en slip et attend que je mette mon maillot.

– T’as des cuisses, toi, Maman.

– Oui ma chérie.

– Moi aussi j’ai des cuisses, comme toi, sauf que les tiennes elles sont grosses.

La prochaine fois, penser à prendre un paréo pour éviter que douze personnes aient les yeux braqués sur mes jambons quand je sors de la cabine.

Plus tard, Nana et moi somme assises dans la pataugeoire. « C’est marrant Maman, tes seins ils sont tout mous et ils font blob-blob ».

Oui, très marrant effectivement.

La prochaine fois, penser à prendre une combinaison de plongée pour éviter que douze personnes aient les yeux braqués sur mes nichons dans la pataugeoire.

Et il y a bien sûr de pertinentes remarques du même goût adressées à d’autres personnes que moi, les « c’est rigolo de faire pipi dans l’eau », « y’a plein de bulles, t’as fait un prout Maman ? » et autres « J’ai envie de faire caca, je peux faire dans l’eau ? ».

L’avantage, c’est qu’après ça, tu es peinard dans le bassin ludique. Et que l’eau est super chaude.

8- Ah, les courses en famille…

J’ai toujours détesté faire les courses. Sauf que ce que je ne soupçonnais pas, avant, c’est que c’était le bonheur à côté de ce que ça peut être maintenant.

On arrive chez Carrouf / Inter / Leclerc. On alterne, histoire de ne pas se faire blacklister à jamais. Nana hurle parce qu’elle veut s’asseoir dans le caddy tudessuite. Puis finalement, dès qu’on a passé la porte, Nana hurle parce qu’elle préfère pousser un petit caddy avec un drapeau. Soit.

Et puis ensuite, c’est simple, ça n’arrête pas. C’est à se demander par qui elle a été élevée cette petite. Elle tâte tous les fruits et légumes avant de les mettre dans le pochon, veut siffler un jus d’orange maintenant, tente d’éventrer un paquet de chips parce qu’elle a un peu faim, fait des remarques désobligeante fraîches et spontanées à à peu près tout le monde, se roule par terre parce que tu refuses de mettre dans le caddy le dragon playmo à 250 euros et 18 paquets de saucisses.

Voici la raison pour laquelle tous les parents devraient chaque soir adresser une prière reconnaissante au saint homme qui a créé les courses en ligne. Béni soit-il.

9- Questions de genre… Et toi, t’as un zizi ou une zézette ?

En ce moment, Nana est en plein dans cette période bénie où elle est passionnée par les zizis et les zézettes. Autrement dit, elle a besoin de savoir si chaque personne qu’elle croise est une fille ou un garçon. J’ai bien dit chaque personne. Alors avec la famille, les copains, les nounous, passe encore. Ca devient un peu gênant quand elle pose la question à Tatie Rolande ou à la voisine Eugénie Balaidanslecul, et carrément la honte quand c’est à la boulangère ou au garagiste.

Jusqu’au jour où, à la caisse du supermarché (alors qu’il y a 12 personnes qui attendent derrière toi avec des caddies plein à la gueule, sinon ça ne serait pas drôle), elle déclare à la caissière d’un air ravi « Toi, t’as un zizi, et moi j’ai une zézette ». Honte. Vas lui expliquer, à ton grumeau, que c’est pas parce qu’on a les cheveux courts et une moustache mal décolorée qu’on a un zizi.

10- Je ne suis pas folle, vous savez

Dîner entre amis, chez toi, vous être en train de déguster quelques succulents toasts réalisés par toi-même avec amour. Ok, par Picard, mais décongelés avec beaucoup d’amour. Nana signale à l’assemblée qu’elle va faire caca, ce qui évidemment passionne tous tes amis au plus haut point. Elle revient 5 minutes plus tard, cul nu, jusque là rien d’anormal, puis se penche en montrant ses fesses et en essayant d’y coller un fruit en plastique de sa dînette en criant « regardez, c’est rigolo ça fait des guilis ». Et il y a toujours un gros malin pour dire ce que tout le monde pense, « si elle fait ça, c’est bien parce qu’elle l’a vu faire quelque part, huhuhu ».

Allez, me dis pas que tu aimes pas te mettre des bananes dans les fesses. Ahem.

Allez, me dis pas que tu aimes pas te mettre des bananes dans les fesses. Ahem.

Les copains, on vous jure que l’Homme et moi on est des gens sains et équilibrés. Sisi, promis.

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6 Comments

  • Reply DublinMarion

    J’ai encore eu de gros fous rires à lire ton article, presque plus que l’apprentissage de la propreté! Merci pour la bonne humeur de la soirée 🙂 Et encore une fois, j’ai très hâte d’arriver à ces étapes…

    19 novembre 2014 at 18 h 43 min
    • Reply Marie DiaboloCitron

      Merci ça fait très plaisir !
      Quand ils commencent à parler, c’est vraiment le plus grand changement je trouve, magique !

      19 novembre 2014 at 21 h 05 min
  • Reply Mieux vaut tard que jamais, mes bonnes résolutions 2015 | Diabolo Citron

    […] tendance à toujours avoir une excellente excuse. Et parce qu’elle adore ça. Et même si elle me fout copieusement la honte, moi aussi j’adore […]

    18 janvier 2015 at 21 h 36 min
    • Reply Dany

      Essays like this are so important to briaoendng people’s horizons.

      15 novembre 2016 at 7 h 41 min
  • Reply Charline

    Coucou ! Je découvre ton blog un peu au hasard, j’ai cliqué sur ton nom à partir du blog de Ginie (article « le toboggan ») et j’aime beaucoup ta façon d’écrire 🙂

    Merci pour ce bel article sur le charme naturel et les paroles si distinguées des bambins (je ne suis pas maman, je rirai probablement un peu plus jaune dans quelques années)

    27 janvier 2015 at 13 h 42 min
    • Reply Marie DiaboloCitron

      Alors le hasard (ou Ginie ! ) fait bien les choses ! Merci pour le compliment et bienvenue chez moi !

      27 janvier 2015 at 21 h 16 min

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