Follow me:

Le jour où nous sommes devenus une famille #2

Samedi

Nous voici donc samedi matin : Nana est arrivée parmi nous hier soir, difficilement, très difficilement, mais ça n’a plus tellement d’importance. Elle est là, avec ses 4.030 kilos (tu m’étonnes qu’elle a eu du mal à sortir tiens…) et ses 52 centimètres. Elle a de jolis cheveux, entre roux et blonds, et des yeux bleus magnifiques. La sage-femme nous dit que oui, tous les bébés ont les yeux bleus, mais elle a l’habitude, et les siens resteront, c’est certain. Elle a des petites mimiques à croquer, crie très fort par rapport à d’autres bébé, et est déjà très gourmande : hier soir, quand elle est née, on a dû lui donner presque le double de lait de ce que l’on donne habituellement aux nouveaux nés ; elle était tellement affamée qu’elle aspirait le lait toute seule sans qu’on ait besoin de pousser la seringue ! En fait, elle est merveilleuse tout simplement.

nana dort

Tout simplement ? Non, justement pas. Car ce matin, ce qu’on nous avait annoncé hier se confirme : nous avons toutes les deux attrapé une petite infection. D’ailleurs, nous avons passé une grande partie de la nuit l’une contre l’autre, brûlantes de fièvre, à nous tenir chaud. Pour moi, cela se traduit par une perf d’antibios depuis hier soir (en plus de la perf de fer, suite à mon hémorragie de la délivrance). Pour Nana, on nous explique qu’il va y avoir quelques analyses, on devrait avoir les résultats en fin de matinée.

Je ne sais pas trop pourquoi, mais dans ma tête, les résultats seront bons. Peut-être parce qu’on a déjà assez donné. Qu’on a le droit de profiter tranquillement l’une de l’autre maintenant. Peut-être parce que, maintenant que je suis avec elle, il est simplement inenvisageable de la quitter. Elle est grande, elle est forte, tout va très bien aller c’est certain.

On me propose de lui donner son biberon. Je refuse. Comme j’ai refusé toute la nuit. Oui, dans ma tête, pendant des mois, j’ai vu et revu cet accouchement des milliers de fois, mais pas une seule il ne ressemblait à ce que nous avons vécu hier. J’accouchais, normalement, on venait poser Nana sur mon ventre, et on se câlinait quelques minutes avant que je lui donne sa première tétée. J’ai envie d’allaiter, vraiment très envie. C’est tellement beau, tellement naturel pour moi, que je me suis à peine posée la question. Sauf que pour l’instant, je n’en ai pas le droit : je suis sous antibiotiques, et mon lait n’est pas bon pour ma puce, qui doit donc prendre le biberon. Et je regarde cette scène douloureusement, en me demandant si après ça elle pourra encore prendre le sein.

Aux alentours de midi, nous sommes tous les trois dans notre chambre avec l’Homme (toujours aux service des naissances, je n’ai pas bougé car nous demandons une surveillance accrue). Et l’annonce tombe comme un gros coup de massue : un médecin vient nous dire que les résultats de Nana ne sont pas bons, et qu’elle va devoir être amenée au service de néonat. Sans moi. Il existe bien des chambres spéciales dans le service pour les mamans et les bébés, ça s’appelle les unités Kangourous : une chambre pour Maman est accolée à la toute petite pièce où le bébé est soigné. Sauf que vous comprenez Madame, vous ne pouvez pas y allez tant que vous serez sous perf, ils ne sont pas là pour soigner les Mamans là-bas. A peine le temps d’embrasser Nana et de lui faire un dernier câlin, et elle est emmenée loin de nous. Je demande à l’Homme de la suivre, on ne veut pas qu’elle se retrouve toute seule là-bas, séparée de nous deux. Elle est si petite, on ne peut pas concevoir qu’elle soit déjà seule, dans une grande chambre, sans personne pour la câliner à chaque instant. C’est donc moi qui me retrouve toute seule, et j’en profite pour pleurer toutes les larmes de mon corps.

La journée se passe, le temps semble s’être arrêté. L’Homme navigue entre le service de néonat et ma chambre. Je renvoie le peu qu’on m’apporte à manger, je suis incapable d’avaler quoi que ce soit. Parce que je suis en manque. Ça ne fait que quelques heures qu’elle est née, et je suis déjà en manque d’elle. J’ai besoin de la sentir  près de moi, de la voir, de la caresser, de blottir ma tête dans le creux de son cou pour m’enivrer de son odeur de bébé. J’ai besoin de prendre sa tout petite main dans la mienne, de l’entendre, de deviner son souffle en la regardant dormir. Je me rends compte à quel point, si vite, elle m’est devenue indispensable. A quel point j’ai du mal à vivre loin d’elle maintenant. En une nuit, elle est devenue ma vie.

En fin d’après-midi, on m’autorise enfin à aller la voir, en fauteuil et en traînant avec moi mon pied à perfusion. Et lorsque je la vois enfin, après ces longues heures d’attente, je suis sous le choc : un bonheur intense, et pourtant je ne peux pas m’empêcher d’avoir mal au coeur en voyant mon si petit bébé perfusé, branché sur un monito et intubé. Elle, si petite, si fragile, si mignonne dans son petit pyjama, et qui doit déjà supporter tout ça… Quand on y réfléchit, ce n’était pas grand chose finalement, et certains vivent bien, bien pire, mais moi, la toute nouvelle maman, ça m’a profondément choquée.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Une sage-femme la sort de sa couveuse et la débranche de son monito, le temps d’un très, très long câlin. Je la touche, je la sens, je me saoule d’elle, car je sais que bientôt elle sera à nouveau loin de moi. Je pleure un peu, beaucoup. Une des sage-femme voit ma détresse, et fait quelque chose dont je lui serai toujours reconnaissante : elle se souvient que l’an passé, une étudiante sage-femme a rédigé un mémoire sur la relation entre les parents et le bébé en néonat, et que le matériel est resté dans le service…

Une petite heure plus tard, je dis à demain à Nana, lui souhaite une bonne nuit et l’embrasse tendrement. La sage-femme me raccompagne dans ma chambre, un ordinateur à la main, qu’elle installe tout à côté de mon lit. Et quand on l’allume, sur l’écran, le petit lit de ma puce, elle qui dort paisiblement. On n’a pas de son, mais elle est là, juste devant moi : je peux voir sa petite poitrine se soulever doucement, et les grimaces qu’elle fait dans son sommeil. Je peux voir quand elle se réveille en pleurant, et insulter les sage-femmes qui ne vont pas s’occuper d’elle assez vite à mon goût. Je les vois lui fourrer une grosse tétine dans le bec, nous qui n’en voulions pas, ça semble mal parti… Alors ce soir, je suis triste, je me sans mal, je souffre toujours beaucoup de ma césarienne… Mais je la vois, je suis presque un peu avec elle, et ça c’est beaucoup.

Dimanche

La journée se passe à peu près comme l’après-midi d’hier : l’Homme va d’une chambre à l’autre, et je vais voir ma puce dès que j’en ai l’occasion. Ce qui n’est pas si souvent que ça entre les soins, les repas, ma première douche qui doit bien me prendre trois-quarts d’heure (vas donc prendre une douche pliée en deux, à peine capable de faire deux pas et perfusée de partout. Une partie de plaisir je te dis).

Quand j’arrive en néonat en début d’après-midi, la sage-femme, la même que la veille, décrète que Nana a déjà pris quelques biberons et n’a vraiment pas besoin de manger à travers un tube : j’ai presque un haut-le-cœur quand elle arrache la sonde qui me semble mesurer 3 mètres, mais je suis ravie et soulagée que ma puce en soit débarrassée.  Et là encore, elle prend une décision qui me fait un bien fou : alors que jusqu’à présent, Nana n’avait pris que des biberons, elle décide d’user d’une autre méthode, pour pouvoir préserver mes chances d’allaiter et ne pas trop habituer Nana à la tétine : elle scotche une toute petite paille longue et souple sur son petit doigt, prend un biberon de lait sans la tétine, et plonge l’autre partie de la paille dans le lait : Nana est donc obligée de téter son doigt pour faire monter le lait dans la paille. D’abord, elle chouine et râle un peu… Non mais franchement, pourquoi elle est obligée de faire l’effort de téter alors que pour l’instant ça coulait tout seul !? Mais elle comprend vite le principe, et la sage-femme nous promet qu’elle ne mangera plus que comme ça, jusqu’à ce que je lui donne le sein. En fait, je crois que je la demanderais bien en mariage, cette sage-femme…

La journée passe ainsi, lentement, très lentement. J’ai toujours très mal à ma cicatrice qui tire énormément, sauf quand je tiens Nana dans mes bras, bizarrement. Après un somptueux dîner à base de purée et de poisson qui pue, je me colle devant mon ordi pour regarder ma Nana avant d’essayer de trouver le sommeil. Une aide-soignante qui passe par là me dit que je devrais peut-être faire autre chose que de regarder un pc. Merci pour tes précieux conseils Marcelline, cause toujours tu m’intéresses.

Lundi

On m’annonce ce matin que je change de service en milieu de journée, et que je vais rejoindre la maternité, étant donné que je n’ai plus besoin de soins aussi importants. Je suis un peu partagée, déçue de quitter ce service où ils ont quand même été aux petits soins avec moi, et contente de retrouver une chambre un peu plus normale et un peu moins médicalisée.

Mais avant ça, je vais enfin pouvoir voir à quoi ressemble ma cicatrice de césarienne, étant donné qu’on vient m’enlever le pansement. La gentille dame retire donc mon bandage, et s’extasie sincèrement, un peu exaltée, sur ma cicatrice qui est vraiment magnifique, je vous assure qu’on n’en voit pas tous les jours des si belles ! Je baisse les yeux sur mon bas ventre, et là c’est le choc. Magnifique, c’est vraiment le seul mot qui lui est venu à l’esprit ? Qu’elle ne s’avise pas de me dire que ma fille est belle sinon je la scalpe. En fait, j’ai presque envie de romir (et de pleurer, mais ça c’est tout à fait habituel ces derniers jours) en voyant cette cicatrice : les 16 agrafes enfoncées dans des chairs à vif, du sang et des hématomes un peu partout. J’ai un peu l’impression que ce n’est plus moi, plus mon corps, et qu’on m’a défigurée. D’accord, défigurée du ventre, mais quand même. Ma soignante doit voir mon air un peu affolé, et me rassure en me répétant que la cicatrice et très belle et qu’elle ne laissera presque aucune trace d’ici quelques temps. Soit, si elle le dit.

L’Homme me rejoint et nous allons retrouver Nana : elle a eu de nouveaux examens ce matin, et les résultats sont bons. Par contre, les médecins sont tellement évasifs qu’on a du mal à savoir ce que c’est réellement, cette infection. Ou comment elle l’a finalement attrapée. Mais peu importe après tout, tout ce qui compte, c’est que malgré les perfs, les fils tout partout autour d’elle, elle va de mieux en mieux. On la prend tendrement dans nos bras et on s’émerveille devant une telle beauté, une telle perfection. Alors que très objectivement, je suis à peu près persuadée qu’à cet instant, avec son teint jaunâtre (rapport à l’ictère qui vient nous faire un petit coucou) et ses yeux pisseux (il n’y avait vraiment aucune raison que la sympathique petite infection oculaire ne soit pas de la partie elle aussi, plus on est de fous, plus on rit), elle ne mettait pas vraiment toutes les chances de son côté. D’ailleurs, entre parenthèses, je me demande vraiment comment ça se fait que de nos jours, un génie n’ait pas encore inventé des gouttes incolores, et qui ne font pas l’œil orange et tout chiasseux. Fin de la parenthèse.

Midi : c’est l’heure de changer de service ! Je dis au revoir à tout mon petit monde, remercie chaleureusement les sage-femmes qui fourrent dans mon sac des dizaines de protections  (couches ?) hygiéniques absorbantes ++++++. Parce que je vais encore en avoir besoin me précisent-elles aimablement (et en effet, quand je pense aux Always maxi maxi que j’avais mis dans ma valise et que je les compare à celles que je mets aujourd’hui, je rigole doucement… C’était la minute glamour).

Arrivée à la maternité : je m’installe dans ma petite chambre. Qui est bien vide. Je regarde le petit plan à langer et les mini couches disposées à côté avec un très gros pincement au cœur. Du coup, avec l’Homme, on s’empresse d’aller en néonat retrouver notre Nana. Et justement, mes parents sont là aujourd’hui, car ils ont enfin le droit de venir rencontrer leur petite fille : un grand moment de bonheur et d’émotion, c’est si beau de voir ses parents tenir dans leurs bras ce petit bout de nous… De voir leurs yeux qui pétillent de bonheur et d’amour. Tiens, je pleure…

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

En fin d’après midi, on m’amène un tire-lait, en m’expliquant que si je veux allaiter mon bébé, il va falloir que je tire mon lait. Et très régulièrement, comme si c’était mon bébé qui tétait, il n’y a que comme ça que j’aurais ma montée de lait. Et que si je me réveille dans la nuit, je dois le tirer aussi. Par contre, comme je suis encore sous antibios, je ne pourrais pas le donner à Nana et il faudra donc le jeter. Cette simple idée de jeter mon lait me rebute, mais je m’exécute, m’assois sur le bord de mon lit et commence à… Me traire ? Seule dans ma chambre, l’Homme a dû partir, et de toute façon je crois que je n’aurais pas trop aimé qu’il assiste à ça… Puis, après avoir récolté 3 gouttes jaunâtres, je jette le tout dans le lavabo. Tiens, je pleure…

Il fait nuit. Et je ne dors pas du tout, vu que je n’arrête pas d’entendre des bébés pleurer dans les chambres voisines. C’est juste insupportable. Pas d’entendre pleurer des bébés sans arrêt : non, entendre des bébés pleurer sans arrêt, alors qu’on n’est pas avec le sien. Se dire qu’elle aussi est peut-être en train de pleurer, toute seule dans son petit lit, et qu’on n’est même pas là pour la réconforter, la consoler, la soulager. Et du coup pleurer aussi, de son côté. Une grande partie de la nuit, et vaguement somnoler le reste du temps.

Mardi

Encore une fois, les minutes s’écoulent lentement. Je tire mon lait, je prends une douche, je m’entraîne à marcher, je vais voir ma Nana avec l’Homme, je bouquine un peu, je me délecte de délicieuses paupiettes avec des haricots verts à l’eau (et aussi de rochers Suchard et de Kinder Bueno). Je tire encore mon lait, mais pas assez souvent c’est évident. D’ailleurs je me fais engueuler par une sage-femme qui me dit que ça n’est pas comme ça que je vais y arriver. Sans doute, et merci du soutien au passage. Sauf que quand j’ai une demi-heure devant moi, je préfère aller voir ma fille plutôt que de me traire pour ensuite jeter mon lait.

Nuit : cf jour précédent. Et je fais semblant de ne plus me souvenir que le tire-lait n’attend que moi pendant toute la nuit.

Mercredi

Ce matin, j’ai droit à une prise de sang, qui dira si mon infection est complètement passée, donc si on peut me retirer mes perfs d’antibios, donc si je peux enfin rejoindre Nana en unité kangourou. Je suis surexcitée, tantôt anxieuse, tantôt survoltée. Mes résultats arrivent vers midi : ils sont bons, très bons, l’infection, on a eu ta peau. La sage-femme est très contente. On va m’enlever ces perfs, laisser passer la journée, et demain je pourrai enfin rejoindre ma fille.

– Attendez, je pense qu’un truc a dû m’échapper, là. Il n’y a plus de trace de cette infection ?

– Non.

– Donc ça ne représente aucun danger pour ma fille si je la rejoins maintenant ?

– Non, sauf qu’on préfère attendre demain, pour être sûrs.

– Mais vous n’êtes pas sûrs là ?

– Si, mais on préfère attendre le lendemain, c’est comme ça que ça se fait, c’est tout.

Juste à ce moment là, je rentre dans un état second et perds un chouia le contrôle de mes nerfs. Je pleure, je hurle comme une demeurée, je pourris la sage-femme. En gros, je leur explique que je m’en tamponne le coquillard de « ce qui se fait », que si je n’ai plus rien, je veux rejoindre ma fille maintenant, que demain c’est juste impossible, et que je continuerai à brailler et à pleurer tant qu’elle ne se sera pas occupée de mon cas.

Je dois passer pour une folle, vraiment. Mais tant pis, je m’en balance, vu qu’elle va sur-le-champ voir ce qu’elle peut faire pour moi. Et elle revient un petit moment plus tard en me demandant de préparer mes affaires : je pars en néonat. Maintenant. Je la remercie, fébrile, et je pleure. Je fais définitivement partie de la catégorie des siphonnées du bocal.

Enfin ! 3 jours passés loin d’elle, presque 4. Et je la retrouve enfin ! Je suis avec elle, dans la chambre. Je peux me lever pour la regarder quand j’en ai envie (donc tout le temps), je peux la caresser et l’embrasser, je peux changer ses couches, la dorloter, la serrer très fort, la consoler quand elle pleure. Je revis, tout simplement. Alors il y a encore tous ces fils, ces perfusions, et le bruit incessant du monito, mais là, maintenant, c’est juste un détail. On est ensemble, rien d’autre ne compte.

Enfin aussi, avec l’Homme à mes côtés, je la mets au sein pour la première fois. Et c’est fort, c’est magique. Nana galère un peu, chouine, mais boit quand même un peu. Pas beaucoup, vu que ma montée de lait ne semble pas décidée à arriver, mais la sage-femme trouve qu’elle a bien compris comment faire, et que ça devrait aller très vite. Je la mets donc au sein, très régulièrement, avant qu’on lui donne son lait à la paille.

Puis on donne le premier bain (enfin comprends, elle a été lavée avant, juste c’est notre première fois à nous) : on est beaux, deux grosses nouilles impotentes devant un petit lavabo, à contrôler la température de l’eau 72 fois, la mouiller très délicatement, la savonner comme si elle allait se casser, avoir peur de mal faire, être infoutus de lui enfiler son body correctement après. Mais c’était extra. Et on fera mieux la prochaine fois, promis.

Jeudi

Toujours pas de montée de lait : la sage-femme décide alors de prendre les choses en main, et m’explique que si je tiens à cet allaitement, il va falloir faire quelque chose. Oui, j’y tiens ; beaucoup.

Du coup, aujourd’hui, elle va me coacher : jeudi sera la journée des nichons, c’est dit. Elle me demande d’annuler les visites qui étaient prévues aujourd’hui, fait venir « l’équipe du lait » (je suis fan de ce nom), deux filles très sympa qui m’apportent un tire-lait double, une pompe pour chaque nichon, et des wagons de tisane au fenouil. Et je passe ma journée à mettre Nana au sein, dormir pour être reposée au maximum, tirer mon lait et boire des tisanes. Toute la journée. C’est long, c’est pénible, mais je l’aurai, cet allaitement !

Jeudi, c’est aussi le jour où l’on m’enlève les agrafes. Je flippe, parce que je suis rien qu’une grosse chochotte, mais en fait ça ne fait vraiment pas mal du tout, à peine quelques tiraillements. On me répète que la cicatrice est magnifique. Ouais, je sais, vous n’êtes pas la première à me le dire, huhu. Et alléluia, je peux enfin me tenir debout normalement, et pas voûtée comme une petite mamie à cause de ces pourries d’agrafes qui me tirent.

Vendredi

Je me réveille (enfin, après m’être réveillée 6 fois dans la nuit quoi) avec le Maxi Nichons Powa ! Enfin, la voilà cette montée de lait. Ca chauffe, ça tire, ça fait mal, mais c’est trop chouette (maso, moi ? Penses-tu…). La journée des nichons a porté ses fruits !

Résultats d’examens pour Nana ce matin. Et le médecin nous apprend que tout est rentré dans l’ordre, et qu’on va pouvoir lui enlever toutes ces perfusions et la débrancher pour de bon de ce monito. On sourit, on souffle. Enfin. Le médecin constate aussi que Nana grossit bien, et que tout semble très bien parti. Dernier examen de contrôle prévu dimanche, et ce sera enfin la délivrance.

Samedi

On reçoit des visites, on rigole, on prend doucement notre rythme. Nana commence à vraiment très bien téter maintenant, et n’a plus besoin d’aucun complément de lait. On apprend à la connaître, on fait pour le mieux, même si on est encore un peu maladroits. Les nuits sont courtes et hachées, les repas sont dégueus, mais comme de toute façon je les mange toujours froids (rapport au fait que l’odeur du repas qui arrive dans la chambre doit donner la dalle à Nana, vu que c’est toujours pile le moment qu’elle choisit pour manifester son envie de bouffer en hurlant comme un putois), ça ne change pas grand chose. Et puis m’en fous, je me gave de chocolat de toute façon.

Dimanche

On stresse un peu, on n’est pas tout à fait serein, on espère très fort. On n’ose pas boucler nos valises, de peur de porter la poisse. Ça sent tellement la fin qu’on ose à peine y croire.

En fin de mâtinée, le médecin entre dans la chambre. Il sourit, et nous dit que tout va bien, qu’on peut enfin rentrer chez nous. Tiens, je pleure… Nana est en parfaite santé. Elle va bien, très bien.

On habille Nana avec un petit ensemble Coudémail trop choupi qu’on avait prévu juste pour l’occasion, on range nos affaires, on vide cette chambre. Puis on dit au-revoir à l’équipe, et à toutes celles qui on été là pour nous, tellement présentes, tellement indispensables. Celles sans qui tout aurait été tellement plus difficile encore. Elles sont un peu tristes de voir Nana partir : un bébé de 4 kilos en néonat, elles n’en voient pas si souvent, et elle était un peu devenue la mascotte du service.

On sort, enfin. On est tous les trois. On installe Nana dans son cosy, comme on peut. Et on prend la route, jusqu’à la maison. La première fois qu’on rentre chez nous, tous les trois. La grande aventure, la vie de famille, la vraie, elle commence maintenant. Et le meilleur est devant nous, c’est certain.

_copie-0_421383_4233106789674_243823596_n

Aujourd’hui, le souvenir de ces 10 jours, de l’accouchement et de ses suites, reste douloureux, et m’aura profondément marquée, bouleversée. L’Homme aussi.

Mais il reste aussi des belles choses.

Cette césarienne, j’aurais tout fait pour l’éviter, et pourtant sans elle je n’aurais pas pu mettre Nana au monde en bonne santé. Elle a été ce qu’il y avait de mieux pour notre fille, alors après tout, peu importe qu’elle soit sortie par en haut ou par en bas, elle est sortie, et c’est bien tout ce qui compte.

J’ai accouché. Pas tout à fait normalement, mais j’ai senti mon bébé sortir de mon ventre, je l’ai entendu pleurer, je l’ai embrassé. J’ai ressenti la même joie et la même émotion qu’une autre maman, finalement le reste a peu d’importance.

La néonat, la gentillesse des sage-femmes et des médecins, ce service tellement à part, tellement spécial… Ça permet de relativiser, et de se dire que si ça a été terriblement difficile pour nous, ça l’est bien plus pour d’autres parents, pour d’autres bébés. Vraiment bien plus. Que finalement, on a de la chance, parce que 10 jours, qu’est-ce que c’est dans une vie ? On a toute notre vie devant nous.

Rendez-vous sur Hellocoton !
Previous Post Next Post

5 Comments

  • Reply Aurélie

    Des rires, des larmes.
    Tellement de similitudes!
    Oui j’ai craqué j’ai lu l’article à même pas deux mois de mon accoucheront!

    C’est bien si ça t’as fait du bien de l’écrire, je vais penser à le faire aussi.

    Bisous Marie <3

    29 mai 2014 at 22 h 44 min
  • Reply Aurélie

    De mon accouchement je voulais dire hein… Oups..

    29 mai 2014 at 22 h 45 min
    • Reply Marie DiaboloCitron

      J’espère de tout cœur que cet accouchement à venir se passera à merveille ! et oui, écris, ça fait un bien fou ! Bisous

      2 juin 2014 at 9 h 59 min
  • Reply Femin'elles

    Les poils qui se dressent de lire tous ces mots.. Je ne peux qu’imaginer que c’est bouleversant et traumatisant, moi avec mes 3 accouchements proches de la perfection !! Le dernier avait presque les mêmes mensurations que ta fille : 4.080 kg et 52 cm !

    5 juin 2014 at 23 h 38 min
    • Reply Marie DiaboloCitron

      Ah, un grand bébé aussi alors ! Alors que je la trouvais tellement minuscule !
      Un accouchement parfait, mon rêve… Mais l’essentiel finalement, c’est toutes les belles choses qu’il y a après ces moments difficiles !

      6 juin 2014 at 9 h 45 min

    Leave a Reply