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La voir grandir dans ce monde-là

Hier, j’étais au travail quand c’est arrivé. C’est sur le chemin du retour, dans la voiture, que j’ai compris ce qui se passait. D’abord cet attentat chez Charlie Hebdo, on sait déjà qu’il y a eu des morts. Puis ce policier, abattu comme un chien en pleine rue. Les noms des victimes, ces noms qu’on connaît si bien, et les autres. On parle de carnage, de kalachnikov et de lance roquette. A ce moment, je suis soulagée de ne jamais regarder les informations à la télé et de préférer la radio. Ces images insoutenables, je n’ai pas envie de les voir, c’est déjà tellement odieux de se les imaginer…

© Nathalie Jomard - Dessiner tue

Une belle illustration, malheureusement tellement juste de Nathalie Jomard

Je pleure, doucement mais à grosses larmes. Cet attentat, comme nous tous, il me bouleverse profondément, il me remue le cœur et les tripes, il m’arrache des larmes. Des larmes de tristesse, mais surtout d’indignation et de colère. Il y a maintenant 12 morts, et on sait que cet attentat a été perpétré au nom d’Allah. Mais comment peut-on ?

Je n’ai encore jamais parlé sur ce blog de mes convictions politiques, religieuses, de toutes ces choses auxquelles je crois et qui me font avancer dans ce monde. Mais il y a des circonstances qui nous donnent envie de sortir un peu tout cela de notre petit jardin secret. Je suis croyante, depuis toujours. Dieu est en moi, il m’accompagne chaque jour, il m’aide à avancer et à faire mon chemin dans la vie. Comment peut-on faire ces choses au nom de Dieu ? Comment peut-on se tromper à ce point ? Qui sont ces hommes, ces fanatiques, ces extrémistes ? Qu’est-ce qui peut bien les guider, et justifier une telle barbarie ?

En arrivant à la maison, j’ai vu cette image, ce slogan que j’ai trouvé si fort. J’ai à mon tour changé ma photo de profil sur facebook et j’ai vu, avec quelques poils dressés, les profils de mes amis se noircir peu à peu et reprendre cette petite phrase. J’ai vu des dizaines de dessins de soutien, et j’ai regretté de ne pas savoir dessiner.

#jesuischarlie

J’ai vu fleurir les photos de ces hommes, j’ai regardé leurs sourires en pleurant. Ces hommes, je les ai admirés au moment du scandale des caricatures. J’ai admiré leur force et leur courage. Vivre en permanence  avec les insultes, les menaces de mort, et malgré cela rester debout, ne rien céder à la peur, refuser les concessions, tout le monde n’en est pas capable. Je n’en serais pas capable. Et pourtant ce sont ces hommes-là qui défendent nos libertés et font que notre pays reste ce pays de Voltaire, de Hugo, de la liberté de penser et de parler.

Je suis allée chercher Nana à la crèche en écoutant toujours la radio, les yeux humides. Quand on est montées dans la voiture, elle a voulu mettre Pierre et le loup, comme d’habitude. On a donc écouté Pierre et le loup, comme d’habitude. Et quand on est arrivées à la maison, en voyant mes yeux rouges, Nana m’a dit, avec toute l’innocence d’une petite fille de deux ans et demi : « C’est pas grave Maman, le canard a été mangé par le loup, mais il est quand même toujours là, dans son ventre ». Je n’ai pu que sourire en entendant ces mots, qui sonnaient tellement juste à mes oreilles. Ces hommes, on a voulu les faire taire, et pourtant ils sont toujours là, plus que jamais, dans nos têtes et dans nos cœurs. S’ils ont voulu nous faire taire, ils n’ont rien compris et ont bien raté leur coup. En voyant hier cet élan de solidarité, toutes ces personnes réunies partout pour une même cause, j’ai été heureuse et fière de voir que défendre notre liberté de pensée et d’expression a encore du sens.

Avec Nana, on a joué, on a dîné, on a ri. En allant la coucher, on lui a lu une histoire, on l’a embrassée et fait un gros câlin en lui murmurant « bonne nuit, fais de beaux rêves ». Et j’ai pensé très fort « j’espère que tu seras heureuse dans ce monde, plus que tout ». J’ai peur d’imaginer que c’est dans ce monde qu’elle va grandir. Dans ce monde qui peut être tellement injuste, barbare, ignoble, plus que les mots ne peuvent le dire. Je sais que, plus que moi, elle devra se battre dans ce monde, que rien ne sera gagné pour elle. Alors je suis terrifiée. chialer-pour-charlie

un magnifique dessin, criant de vérité, de la tellement talentueuse Eve.

Et en même temps, elle est bien là, cette petite lueur d’espoir. Dans tous ceux qui veulent défendre leur liberté et ne pas courber le dos, dans tous ceux qui se révoltent et s’indignent, qui ne sont pas prêts à tout accepter. Alors malgré tout, aussi, j’ai envie d’espérer un peu et de lui dire, « ça ira… »

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1 Comment

  • Reply Tina

    Um burralho como o doiralho é que seria o ideal para ditador. O frenesim com que fervilha, depressa punha os tugas ma ordem e discnpliia: chicote numa mão e côdea na outra. Viva o DOIRALHO.

    15 novembre 2016 at 5 h 21 min
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